Vous dirais-je,
Bons Picards, braves Normands
Qui suivez Jeanne en cortège
À tout le moins une fois l’an,
Vous dirais-je,
Oh! sacrilège!
Ce que j’ai vu, la ville dormant ?
J’ai vu, dessus la place,
Notre héroïne, tout à coup,
Depuis longtemps sans doute lasse,
Bouger le bras, tourner le cou.
Puis elle posa sa hachette,
Défit sa robe ci-devant.
Tandis qu’elle baissait la tête,
J’aperçus ses cheveux au vent.
Qu’elle ne fut pas ma surprise !
Notre gaillarde, allègrement,
Revêtit une mini jupe,
Et, plus à l’aise, apparemment,
Dans cette simple mise,
S’en fut à la Zup.
Et voilà notre paysanne
Escaladant le château d’eau.
« Ne vois-tu rien venir, Soeur Jeanne,
Dans le lointain, de tout là-haut ? »
« – Si fait, je vois, mes très bons sires,
Epaisse brume en Beauvaisis,
Et, puisqu’il faut bien tout vous dire,
Je vois des amoureux transis ».
« – Mais ne vois-tu, aussi, Soeur Jeanne,
Ne vois-tu pas, très loin, là-bas,
Une très longue caravane,
Des chars dorés, et des soldats ? »
« – Dans la lunette astronomique,
Nenni, m’apparaît, d’où je suis,
Une vision magnifique
Digne des Mille et une nuits ! »
« – Mais, Jeanne, entends-tu des fanfares ? »
« – Dans un léger vrombissement,
J’aperçois des milliers de phares
Qui glissent comme un long ruban. »
« Mon cheval, Colin, et son âne
Appartenaient à d’autres temps.
Plus d’armure, ni de soutane,
Et je ne sais ce qui m’attend… »
Ainsi me parla Jeanne Hachette,
Patronne de notre cité,
Forte, vaillante, et si bien faite !
(Oublions ses atrocités !)
Vous qui passez de par la ville,
Inclinez-vous avec respect
Devant cette superbe fille,
Dont on raconte encore les faits.