Réflexions après la mort d’otages


Quand serai vieille devenue,
Rabougrie et toute menue
Et ressassant mes souvenirs
À toute heure, à n’en plus finir,

Lors, tu diras que je radote,
Que tout cela n’est que parlotes,
Que tout va bien dans ma maison
Et je te donnerai raison.

Pourtant, ce sont faits véridiques,
Faits consternants et pathétiques,
Car pendant un siècle durant,
Ni la bible ni le coran,

Bien que précis dans leur message,
N’ont pu rendre les hommes sages,
Puisque les hommes, en effet,
Loin d’être bons, sont ainsi faits

Qu’ils se détruisent, se dévorent,
Au nom du Bon Dieu qu’ils adorent
Et, manquant de sincérité,
Qu’ils trahissent la vérité.

Tantôt célébrant leurs victimes
Ils leurs témoignent leur estime,
Font des prières et des dons
Et leur demandent leur pardon,

Tantôt se montrant secourables
Pour réparer l’irréparable,
Ne ménageant pas leurs efforts,
Enterrant dignement leurs morts.

Ils font dire beaucoup de messes,
Font des caresses, des promesses
Qui n’enlèvent pas la rancœur
Ancrée au plus profond des cœurs.

La bonté à titre posthume
N’est pour eux que simple coutume.
Que je radote, je l’admets,
Et je ne comprendrai jamais

Pourquoi les hommes sont perfides.
Mais ne suis-je pas le Candide
D’un monde à présent dépassé
Qui s’attachait tant au passé ?

Au prix d’efforts insurmontables
Qui apparaissent bien minables,
On veut oublier les trépas.
Le passé ne s’efface pas.

31.10.2002