(Version moderne)
Ayant été à bonne école,
Et bien que n’ayant la parole
Pour s’exprimer, même en latin,
Toujours en quête d’un butin,
Une poule, pas bête en somme,
Intelligente et économe,
Et qui avait l’esprit mutin,
Très tôt s’en fût, un beau matin,
Tout droit à la Salpétrière,
Faire au bon Dieu une prière.
Elle avait un pressentiment,
Et se trompait très rarement.
Cette poule n’était pas folle.
Destinée à la casserole,
Elle allait subir le tranchant
Du couteau de l’homme méchant
Qui allait lui couper la gorge
Jusqu’à ce que son sang dégorge,
Sans autre forme de procès.
C’était un bien triste décès.
Elle avait vu la convoitise
Du fermier faisant l’expertise,
Et, passe encore de mourir,
Bien qu’elle eût préféré courir,
Mais, comme ça, de mort atroce !
L’homme est un animal féroce,
Et pour le dire en peu de mots,
Le plus cruel des animaux.
Mais cette poule était si belle
Que le bon Dieu eût pitié d’elle,
Car avoir de beaux ailerons
Vaut bien mieux qu’être un laideron.
Il lui suggéra, débonnaire,
D’avoir l’esprit imaginaire,
Sûrement le meilleur atout
Qui fait qu’on vient à bout de tout.
La poule comprit le message,
Elle suivit ce conseil sage,
Et s’en revint au poulailler,
Où elle se mit à piailler :
« Je ne suis pas poule ordinaire,
En fait, je suis originaire,
– Je vous le dis en vérité –
D’une grande célébrité
Qu’aujourd’hui encore on vénère,
Je veux parler de ma grand-mère
Qu’on nommait la Poule aux oeufs d’or.
J’en suis fière et le clame fort ! »
Ainsi, elle sauva sa vie,
Et la fermière fût ravie,
L’épargnant par cupidité,
Peut-être aussi par charité.
De cette histoire peu morale,
Qui de plus est paradoxale,
Enfants, tirez une leçon :
Les sots, toujours, victimes sont.
29.11.2001