Le faux bienfaiteur


Qui donc est ce grand bienfaiteur,
Ami, généreux donateur,
Qui frappe si tard à ma porte
En s’excusant et qui m’apporte

Un beau cadeau, inattendu ?
Je lui dis qu’il n’aurait pas dû,
Mais que son offre généreuse,
Qui soulage une malheureuse

En proie au plus grand désarroi,
Est geste de prince ou de roi
Qui se penche sur ceux qui souffrent
Et se trouvent au bord du gouffre.

Il me répond, adroitement,
Qu’il agit très honnêtement.
Ses intentions sont innocentes.
Je lui en suis reconnaissante.

Il me quitte, sachant prévoir,
Certes, ce n’est qu’un au revoir.
C’est bien promis, c’est chose dite,
Et je lui trouve du mérite.

Le voici, quelques mois plus tard,
Qui passe me voir, par hasard
Et sans vergogne me propose
Que la maison dont je dispose,

Mon seul bien, ma tranquillité,
Devienne sa propriété.
Il ne me fait pas de sévices
Et veut me rendre un grand service,

En payant cash, à juste prix.
Je crois qu’il a perdu l’esprit.
Pensant que je serais grugée,
Sans doute m’a-t-il mal jugée.

Mais j’allais commettre l’erreur
De prendre cet accapareur
Pour un ami. Je le méprise.
Que tout le monde se le dise.

29.9.2002