Un voleur expérimenté,
Fort bien connu et patenté,
Étant ami d’un homme riche,
Qui par ailleurs n’était pas chiche,
Vola un vase à celui-ci
Sans même lui dire merci.
Ce vase était un objet rare,
Peut-être en marbre de Carrare,
Ou bien encore en pur cristal
– Ce n’est pas là le principal –
Peut-être même en bois d’ébène.
Aussitôt ravi de l’aubaine,
Il s’en fût cacher son trésor,
Estimant qu’il valait de l’or,
Qu’en le vendant à un complice,
Il tirerait grand bénéfice.
Le riche, quoique fort déçu,
Parut ne pas s’être aperçu
Du larcin de ce vase antique.
Mais ce n’était qu’une tactique,
Car il voulait, à sa façon,
Donner une bonne leçon
Et punir l’indélicatesse,
Non sans manquer de politesse.
Lors, dès le lendemain matin,
Il prépara un grand festin,
Invita ses amis fidèles,
tout réjouis de la nouvelle.
Au cours de l’excellent repas,
“Mes amis, ne vous vexez pas,
Leur dit-il en levant son verre,
Certes, ce n’est pas un mystère
Que j’ai de beaux vases anciens
Auxquels par dessus tout je tiens.
Ils ne viennent pas d’Amérique,
Puisque c’est moi qui les fabrique.
Hier, on m’en a volé un.
Celui qui commit ce larcin
Sans attendre que je le donne
– Que le bon Dieu le lui pardonne ! –
Et même s’il nie et qu’il ment,
Est un pauvre homme assurément,
Puisque, soit dit en quelques phrases,
Il n’aura jamais qu’un seul vase,
Le seul que, par manque d’esprit,
Sans délicatesse, il me prît,
Tandis que, sans être coupable,
D’en faire cent, je suis capable. »
L’histoire fit beaucoup de bruit.
Mais je vous dis, preuve à l’appui,
– Et ce n’est pas secret d’alcôve –
Que la morale n’est pas sauve,
– Car ce n’est pas toujours le cas –
Car ce voleur indélicat,
Antipathique personnage,
N’en devint pas pour autant sage,
Mais qu’il est fort riche aujourd’hui
Car il récidiva depuis.
8.11.2001