Les regrets


Les regrets sont bien inutiles,
Et sont larmes de crocodiles
Qu’on verse, et qui ne coûtent rien,
Lorsque, trop tard, on se souvient.

On l’adore, à titre posthume.
Puis, on l’honore, et on l’exhume,
Et l’on en dit beaucoup de bien,
Même si c’était un vaurien.

Mais on en a pris l’habitude.
Il faut meubler la solitude,
Et l’on ne peut pas se passer
De faire revivre le passé,

Et sans courir le moindre risque,
On repasse le même disque.
Les regrets ne sont pas gênants,
Puisqu’il n’y a plus, maintenant,

Plus rien à dire et rien à faire,
Et l’on se montre très sincère,
Ils sont si peu embarrassants,
Et l’on se sent tout vieillissant,

On pousse des soupirs habiles.
On fait des discours inutiles,
Vaines grimaces de menteurs,
Et propos de bonimenteurs,

Et pour le moins inefficaces.
Peu à peu, le passé s’efface.
Il suit son chemin pas à pas,
Et le temps ne s’arrête pas.

Et les regrets, qui ne réparent
Pas, s’en vont au loin, puis s’égarent,
S’en vont et ne reviennent plus,
Inutiles et superflus.