Il est partout,
Bientôt même chez ma concierge.
Vite courons brûler un cierge
À ce nouveau maître absolu
À qui pouvoir est dévolu.
C’est la plus grande des trouvailles.
Quoique je fasse, et où que j’aille,
Je le rencontre sur mes pas.
Non, vraiment, je ne comprends pas
En très dévoué serviteur,
Pianote sur l’ordinateur,
Et j’attends, comme un imbécile,
Que bientôt de ses doigts habiles,
Sans moyens de contradiction
Devant répondre à ses questions,
Sorte un verdict irréfutable
De l’autre côté de la table.
Bientôt cet employé zèlé,
– Et de quoi donc s’est-il mêlé ? –
M’annonce, avec grande assurance,
Même ma date de naissance,
Mon adresse et tous mes prénoms,
Me regarde avec suspicion.
C’est vrai, je ne suis pas balèze,
Et je me sens tout mal à l’aise.
Non, je n’ai plus rien à cacher
Après ce travail tout mâché.
Devant nouvelle discipline,
Il faut bien bas que je m’incline,
Car le verdict est sans appel.
Puis, brusquement, c’est le rappel.
L’employé de nouveau pianote,
Et tout repart, et re-belote,
Et sans me demander avis,
Me présente un nouveau devis.
Ma combativité s’envole.
Je n’ai pas droit à la parole,
Et jusqu’à ce qu’il ait ma peau,
Je dois obéir au robot
Qui possède tous les atouts,
Qui est partout, qui me dit tout,
Et si je mange, et si je rote,
Et qui, après, me tend la note.
Ce très puissant inquisiteur
À des milliers de serviteurs,
Des plus zélés, des plus fidèles,
Et qui se taillent la part belle,
Humbles adorateurs dévots,
À l’affût d’un pouvoir nouveau.