La puissance


Dis-moi quels sont, dans mon empire,
Dit un monarque vieillissant,
Les trois hommes les plus puissants ?
Je t’ordonne de me le dire.

Ne manquant pas de répartie,
« Certes, je puis vous l’assurer,
Dit l’autre, et même le jurer,
Des trois, vous en faites partie. »

Certes, tu es un bon apôtre,
Et parles bien, lui dit le roi,
Mais, si je suis parmi les trois,
Dis-moi donc quels sont les deux autres.

« Est-ce une farce, ou un attrape ?
Serai-je bien récompensé ?
Mais, sans vouloir vous offenser,
Sire, je crois que c’est le pape. »

Alors, ne pourrais-tu, de même,
Pour tout l’or que je te promets,
Car jusqu’à présent, je l’admets,
Enfin, désigner le troisième ?

Est-ce un savant, est-ce un derviche,
Est-ce un artiste, ou un soigneur,
Est-ce un grand prince, ou un seigneur,
Et, sans doute, immensément riche

Qu’il me semblerait bon de pendre
Comme un esclave, ou un vaurien,
De ceux qui ne possèdent rien,
Et qui n’ont que leur âme à vendre ?

« C’est un vieux fou qui déraisonne,
Un rejeté du genre humain
Qui n’a jamais tendu la main,
Et qui n’a besoin de personne. »