Mes illusions


Je suis une vieille, honorée,
Qui mène existence dorée,
Puisque j’ai tout à profusion ;
Mais j’ai perdu mes illusions.

J’en garde encore les séquelles.
Si bien je vivais avec elles,
En bon apôtre, en bon chrétien.
C’était ma foi et mon soutien.

Elles étaient mon espérance
Dans la misère, la souffrance,
Dans la tristesse ou bien l’effroi,
Quand j’avais faim, quand j’avais froid.

Elles m’apportaient tant de choses,
Me faisaient voir la vie en rose,
Et, tel que je l’imaginais,
Le monde était meilleur qu’il n’est.

Sage, et n’en ayant plus aucune,
J’ai perdu toute ma fortune
Et tous mes amis tour à tour.
Il ne me reste que l’amour.