Coups de gueule


C’est bien connu, trop parler nuit,
Et n’apporte que des ennuis.
Les mots vont, et, sur la lancée,
Parfois dépassent la pensée.

Chevaux fougueux, chevaux fringants,
Et qui soudain, se fatiguant,
Font demi-tour, et puis s’arrêtent,
Et qui se retrouvent tout bêtes,

Sans horizon, sans lendemain,
Venant de perdre leur chemin,
Tapent du sabot, et piétinent,
À grands coups de collier, s’obstinent,

Tournent encore, et, rassurés,
Partent d’un pas plus mesuré.
Ainsi s’en vont les mots, plus sages,
Moins révoltés, après l’orage,

Et disparaissent dans la nuit.
Bientôt, on n’entend plus de bruit.
Où allaient-ils, qui les anime,
Et quelle est cette force intime

Qui les fait aller de l’avant ?
Est-ce le courage, ou le vent ?
Quelle est cette force invisible,
Inattendue, imprévisible,

Qui existe, ou n’existe pas,
Et qui semble guider leurs pas,
Eclaire le ciel et l’embrase,
Qui n’a pour armes que des phrases ?